Méditer ? Quelle audace ...

La méditation de pleine conscience est un acte d’entrainement : entrainement de l’esprit à être dans le moment présent ...

Car oui, être dans le moment présent ça s’entraine !

Bien souvent, notre mode de fonctionnement est à l’opposé de la pleine conscience ou de la pleine présence. Nous fonctionnons en mode « par défaut », « pilotage et réactions automatiques ». Et ce mode de fonctionnement est ancré par des années de « pratique », voire même dans nos gènes.

 

Heureusement, nous savons maintenant que ces modes de fonctionnement sont réversibles, transformables, notamment par la méditation, grâce aux dernières découvertes sur la plasticité cérébrale et l’épigénétique.

Un mode « pilotage automatique » bien ancré

Le mode pilotage automatique de notre cerveau

Nous savons depuis plusieurs années, grâce au développement des techniques modernes d'imagerie cérébrale, que notre cerveau dispose de deux types de grands réseaux de fonctionnement. Le premier concerne les processus attentionnels et le deuxième, nommé « réseau par défaut », celui de l'activité spontanée du cerveau quand elle est dépourvue de tâches précises ou d'attention.

« Le réseau par défaut serait associé à des activités mentales d’introspection, de référence à soi. Il serait également lié à la capacité de construire des simulations mentales basées sur des souvenirs autobiographiques, les expériences présentes, mais également sur des projections dans le futur. »

 

Ainsi, par défaut, notre esprit est en mode « vagabondage mentale ».

Les automatismes liée au mécanisme de réaction au stress

Par ailleurs, nos modes de réactions à un stimulus extérieur ou intérieur sont bien souvent régis par notre mécanisme de réaction au stress, mécanisme lui aussi en mode automatique.

En effet, à l’origine, le mécanisme de stress est un mécanisme de défense destiné à nous permettre de lutter contre les agressions et à affronter les situations nouvelles… Nos ancêtres très lointains pour qui le danger était avant tout une menace vitale (animaux, ennemis, climat…) s’adaptaient à leur environnement et survivaient grâce à lui. Pour eux, le stress leur permettait effectivement de se préparer à la fuite ou au combat pour survivre.

Mais aujourd’hui les temps ont changé : nous ne sommes plus menacés par la famine ou pas des animaux féroces (en tout cas pas dans les pays « développés ») mais par des piles de dossiers qui s’accumulent, l’hyper connexion, les injonctions à la performance ...

Et pourtant, notre organisme, lui, n’a pas modifié sa façon de réagir : c’est-à-dire de façon automatique dès lors qu’il fait face à un évènement perçu comme menaçant, comme excédant ses ressources pour y faire face.

 

Bref, notre mode « pilotage automatique » nous crée bien des difficultés, bien des souffrances.

 

Alors tout l’enjeu de la méditation de pleine conscience va être de s’entraîner à prendre conscience de ce mode « pilotage automatique », à le reconnaître quand il arrive, et à le désamorcer.

Cet entrainement permet alors, dans la vie quotidienne, en dehors des périodes d’entrainement, d’être plus présent à ce que l’on vit et de choisir les réponses adaptées aux situations rencontrées plutôt que de laisser nos automatismes régir nos façons d’agir.

La méditation de pleine conscience : l’entrainement à être dans le moment présent

La méditation de pleine conscience consiste, durant un temps dédié de lenteur ou d’immobilité, à diriger son attention, volontairement, sur ce qui se déroule en nous et autour de nous, moment après moment, sans jugement, avec bienveillance même !

Décider de s’arrêter ou ralentir

Déjà, prendre du temps pour ne rien faire d’autre que d’être assis ou d’effectuer des mouvements dans la lenteur est un acte audacieux : dans un monde qui valorise l’action, la rapidité, la performance, la compétition … s’arrêter ou ralentir volontairement nécessite un certain engagement !

 

Et tout comme l’activité sportive, dégager du temps pour l’entrainement peut s’avérer compliqué dans nos agendas surchargés. Mais comme pour le sport, la régularité et la constance sont gages de progrès !

Stabiliser son attention, encore et encore !

Ensuite, on peut se demander ce sur quoi on porte son attention quand on médite ; on peut se dire qu’il ne se passe pas grand-chose et que l’on va rencontrer le vide, le néant … ce qui peut être légèrement anxiogène.

Au contraire, quand nous fermons les yeux et que nous portons notre attention à ce qui se passe dans l’instant présent, nous nous rendons compte qu’il se passe toute une quantité de choses : nous commençons à prendre conscience des sensations corporelles, d’éventuelles tensions, douleurs … nous ressentons son souffle, percevons les sons qui nous nous entourent …

Nous devenons conscients de toutes ses sensations, toutes ses expériences qui ont lieu moment après moment mais qui passent complètement inaperçues dès lors que nous sommes occupés à autre chose ou en mode « pilotage automatique ».

Reconnaître ses schémas de pensées, ses automatismes et revenir à l’instant présent

Et très vite, nous nous apercevons que notre esprit se remet en mode « pilotage automatique » et produit des pensées qui nous entrainent hors de l’exercice.

« Ces pensées parasites, intrusives, envoyées comme des textos de l'âme par les zones les plus profondes de notre cerveau que les neuroscientifiques appellent « réseau par défaut ». Et qui brisent aussi notre concentration. »

 

Tout l’enjeu et le cœur de l’entrainement à la pleine conscience va alors être :

1. de s’apercevoir que nous ne sommes plus dans l’exercice, dans le moment présent,

2. de revenir dans ce moment présent, en reportant volontairement notre attention aux sensations dans notre corps, de notre respiration, à l’écoute des sons …

en constatant simplement ce vagabondage mental, sans s’en vouloir ou considérer que c’est un échec. Après tout, nous l’avons vu, notre cerveau est fait pour produire des pensées, c’est sa fonction, il est programmé pour ça.

Au contraire, nous pouvons nous féliciter de cette prise de conscience car nous sommes exactement au cœur de l’exercice : prendre conscience de nos automatismes.

 

Et plus nous avons ces prises de conscience de notre vagabondage mentale au cours de la méditation plus nous nous entrainement à revenir à l’instant présent.

 

Tout comme un sportif fait des répétitions pour se muscler, le méditant repère le moment où son esprit s’éloigne de l’exercice puis y retourne, pour « muscler » sa capacité à être présent !

Il lui faut donc de la persévérance, de la patience et de la bienveillance pour effectuer ses allers et retours !

Et préserver malgré tout

Et le dernier acte de courage du méditant durant son entrainement est de faire face à l'agitation de ses pensées, de ses émotions qui peuvent se présenter durant la méditation. Ça peut être le vacarme, la tempête, l’orage !

Et puis peuvent arriver des émotions telles que l’impatience, l’ennui et d’autres pensées qui vont essayer à tout prix de nous dévier de l’engagement que nous avons pris en nous asseyant pour méditer.

Quel courage il faut alors pour rester avec tout cela, avec des émotions ou des sensations qui ne nous plaisent pas forcément et qu’en temps normal nous aurions repoussées, mises à distance, en nous occupant à "autre chose".

Méditer nécessite donc une certaine témérité pour rester avec notre tumulte intérieur.

La récompense du courage

Mais la bravoure et l'engagement sont toujours récompensés car à force d’observation et d’acceptation de tout ce qui va et vient dans notre esprit et notre corps, nous arrivons, à gagner en stabilité d’attention, à désamorcer notre mode pilotage automatique de plus en plus souvent pour faire des choix, adopter des modes de réactions, en conscience et adaptés, et même devenir plus créatif !

 

Et puis aussi, nous arrivons parfois durant les méditations ou pendant des moments de pleine conscience à recontrer des petits moments de grâce où nous trouvons calme, paix et joie intérieure, émerveillement … que nous ne trouvons nulle part dans l’agitation du monde.

 

Et ces petits moments de pleine présence, de grâce, plus nous les vivons, plus nous pouvons, petit à petit, nous reconnecter à nos mêmes, à nos ressources, et peut être ainsi, contribuer à changer le monde !

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