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Fondement de la pleine conscience n° 1 : le non-jugement

 

Selon Jon Kabat Zinn*, 7 attitudes constituent les fondements majeurs de la pratique de la pleine conscience** : le non-jugement, l'esprit du débutant, la patience, la confiance, le non-effort, l'acceptation et le lâcher prise.

Le non-jugement est la première des attitudes sur cette liste et la première que je vais tenter de vous expliquer au fur et à mesure des posts hebdomadaires que je vais faire au sujet des fondements de la pleine conscience. 

L'enjeu

 Vous êtes vous déjà rendu compte à quel point nous jugeons tout ce qui nous arrive : aussi bien nos expériences externes - ce que nous voyons, ce que nous entendons, etc. - que nos expériences internes - ce que nous pensons, ce que nous ressentons, etc ?

 

C’est le propre de notre condition d’être humain.

Mais l'habitude que nous avons de juger notre expérience peut nous enfermer dans des réactions automatiques dont nous ne sommes même pas conscients et qui peuvent parfois ne reposer sur aucune base objective.

Ces jugements tendent à dominer notre esprit, nous privant de discernement sur ce qui est en train de se passer réellement, tant en nous qu’à l’extérieur de nous.

 

Si nous voulons trouver dans notre vie une façon plus efficace de gérer le stress causé par ce mode de fonctionnement, nous devons commencer par être conscients de ces jugements automatiques. Nous voyons ainsi clairement nos préjugés, nos peurs, nos schémas de pensées, pour pouvoir progressivement se libérer de leur tyrannie.

 

L'attitude de non-jugement dont il est question dans la pleine conscience n'est donc pas de supprimer nos jugements mais de les repérer quand ils arrivent et de ne pas s'y attacher quand on les a identifiés.

Il est donc plus exactement question d'avoir une attitude "non-jugeante" ou bienveillante, plutôt que de supprimer nos jugements.

Le non-jugement commence par l'observation de notre activité mentale ...

Pour avoir une attitude non-jugeante, il convient dans un premier temps de prendre conscience de nos jugements et donc de notre activité mentale.

Cette prise de conscience implique de voir à quel point nous avons cette propension à décrire, commenter, ou juger chacune de nos expériences, que ce soit en pensées ou en paroles.

Nous apprécions, n’apprécions pas, nous sommes d’accord, pas d’accord, nous trouvons que c’est juste ou inapproprié ..

 

Quand nous nous mettons à faire attention à l'activité de notre esprit, il est courant de découvrir et d'être surpris, voire étonné, par le fait que nous générons en permanence des jugements sur notre expérience. À peu près tout ce que nous voyons est étiqueté et catégorisé par le mental.

... puis par suspendre notre réactivité ...

Habituellement, nous réagissons à tout ce dont nous faisons l'expérience selon la valeur que nous lui attribuons. Certaines choses, personnes, situations et circonstances sont jugées « bonnes » parce qu'elles nous font nous sentir bien pour une raison ou une autre.

D'autres sont tout aussi vite considérées comme « mauvaises » parce qu'elles nous font nous sentir mal.

 

Le « travail » de la pleine conscience, consiste, à chaque fois que nous remarquons notre jugement, de faire un arrêt sur image, de suspendre ce jugement, le noter et en lâcher prise (il ne s’agit pas de le rejeter puisqu’il est déjà là !).

 

Cette disposition nous permet de mieux voir les choses comme elles sont en réalité, plutôt que de les voir déformées par nos lentilles, notre formatage et par nos enjeux.

 

La pleine conscience se cultive ainsi, en observant au plus près notre expérience d’instant en instant, tandis que nous évitons d’être pris dans nos idées et opinions, d’être emportés par elles, du mieux que nous le pouvons.

Nous suspendons un instant nos réactions immédiates, réflexes, qui habituellement s’effectuent sur la base de l’interprétation de toute expérience.

... pour enfin adopter une attitude non-jugeante, bienveillante

En pratiquant la pleine conscience, il est important de reconnaître le caractère jugeant de notre mental quand il se manifeste, en adoptant une attitude impartiale, se souvenant d’observer ce qui se déploie du mieux que l’on peut, y compris nos propres réactions.

 

Nous sommes donc invités à voir ce qui se passe si nous laissons l’expérience être ce qu’elle est, y compris celles de nos propres jugements, sans qu’il soit nécessaire de les arrêter ou de juger le jugement !

Ainsi, lorsque nous nous trouvons en train de juger, pas besoin « d’en rajouter un couche » et de juger ce processus de jugement. Ce serait sans fin !

 

Par exemple, lorsqu’en période de méditation nous portons attention à notre respiration, il se peut qu’à un moment donné, notre esprit dise quelque chose comme « c’est ennuyeux », « c’est agaçant » ou « je n'y arrive pas ». Ce sont des jugements. Quand ils surgissent dans notre esprit, nous pouvons les reconnaître comme des pensées, des jugements, puis observer ce qui émerge, y compris d’autres propres pensées et jugements, sans les repousser ni se laisser envahir. Simplement revenir à la respiration … autant de fois que l’esprit nous emmène ailleurs.

 

Ainsi, le « non-jugement » est plutôt une attitude non-jugeante qu’un objectif (impossible) à réaliser.

 

Tout cela fait partie de la pratique et requiert donc de la bienveillance (et de la persévérance !)

pour nous re-connecter à nous-même, à nos ressources

et peut être ainsi, petit à petit, contribuer à notre bien-être !

 

* Professeur émérite à l’université de médecine du Massachusetts

Il a adapté la méditation dite « de pleine conscience » au monde occidental et en a fait un outil au service de la santé et du bien-être avec son programme MBSR

** « Au cœur de la tourmente, la pleine conscience », Jon Kabat-Zinn.

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