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Attention, concentration et méditation

 

Concentration et attention sont des sujets qui reviennent de plus en plus souvent à l’heure où la méditation sort du milieu privé pour pénétrer en milieu scolaire ou dans le monde de l’entreprise.

En milieu scolaire, la maîtrise de l’attention et la possibilité de concentration sont indissociables de tout apprentissage.

En milieu professionnel, la capacité à rester concentré sur une tâche, ou à se concentrer à nouveau et rapidement après un dérangement, facilite le travail et l’efficacité.

 

Mais au fait, de quoi parle-t-on lorsqu’on évoque la concentration et attention ? Et en quoi la méditation a à voir avec ces deux sujets ?

Attention et concentration

L'attention

L’attention, c’est la capacité que nous avons à nous ouvrir à la réalité. Grâce à elle, nous captons les différentes informations en provenance :

  • soit de notre environnement, par nos cinq sens (messages et signaux visuels, auditifs, olfactifs et autres),
  • soit de notre milieu interne (sentiments, émotions, état physiologique).

L'attention est une aptitude essentielle pour la vie et la survie de toutes les espèces animales y compris la nôtre !

En effet, grâce au processus de l'attention, nos ressources cérébrales s’orientent vers ce qui peut être, dans notre environnement externe ou interne, important pour notre vie ou notre survie : comme un bruit soudain peut être le signal d'un danger ou la sensation de faim est le signe d’un besoin de nourriture.

Le processus d'attention s'accompagne aussi d'une mobilisation de nos ressources cognitives et physiologiques pour un éventuel passage à l'action.

Ainsi, nous n’avons pas toujours le plein contrôle de notre attention qui peut être attirée, malgré nous, par des événements inhabituels : un son particulier, un mouvement brusque, un nom familier entendu dans une conversation …

 

Mais nous avons également le pouvoir de diriger notre attention en fonction d’un objectif ou d’un centre d’intérêt, sur des aspects que nous jugeons importants.

Nous pouvons ainsi mobilisation notre activité cérébrale sur ce que l’on perçoit grâce à nos sens ou de poursuivre consciemment une suite de pensées et de réflexions.

 

La concentration

Alors que le processus d'attention ouvre notre esprit aux signaux sensoriels, le processus de concentration, complémentaire au premier, ferme notre conscience à tout ce qui peut nous distraire d’une tâche, pour nous permettre la focalisation sur quelque chose de précis.

En d’autres termes, la concentration isole notre conscience de toutes les distractions inutiles à la tâche que nous devons entreprendre, elle sert à bloquer l'arrivée à la conscience de toute information qui pourrait nuire à l’action ou la réflexion.

 

La concentration favorise ainsi une utilisation optimale de notre cerveau pour percevoir, enregistrer, rechercher et traiter des informations, faire des plans ou prendre une décision.

 

Lorsque l’on se concentre sur un élément donné, comme la lecture ce cet article par exemple, on réduit son champ d’attention à cet article seulement en utilisant la vue, alors que l’odorat, le toucher, l’ouïe et le goût sont  mis de côté car non-utiles pour la lecture.

 

La notion de concentration doit être distinguée de la notion de flow, élaborée par le psychologue Mihály Csíkszentmihályi à partir de 1975.

En effet, si le flow est un état mental de concentration maximale, il s’en distingue en ce qu’il est orienté vers le plein engagement et la satisfaction dans l’accomplissement de l’activité entreprise.

Et la méditation dans tout ça ?

Les problèmes typiques reliés au manque de contrôle de l’attention et aux difficultés de concentration peuvent être les suivant : lenteur à se plonger dans une tâche, difficulté à résister aux sollicitations de l'environnement (bruits, sons, images, discussions), difficulté à résister aux autres préoccupations personnelles (soucis, inquiétudes, rêveries, envies diverses), difficulté à rester longtemps concentré (pendant un cours, une réunion).

 

La pratique de la méditation régulière permet progressivement d’apprendre à éloigner les « pensées parasites » , à focaliser son attention sur le contenu d’un travail, d’une tâche à effectuer.

 

En effet, la méditation de pleine conscience est un entrainement de l’esprit qui utilise soit une attention focalisée (sur la respiration par exemple) soit une attention plus ouverte, ou conscience ouverte, à ce que tout ce qui peut être perçu.

L'attention focalisée

L’attention focalisée durant la méditation consiste à porter l’attention sur une partie de l’expérience du moment présent : la respiration, les sensations corporelles, les sons …

Et chaque fois que l’attention se met à vagabonder, l’exercice consiste à la ramener là où on avait décidé de la porter … avec bienveillance. En effet, nul besoin de s’en vouloir de ce vagabondage mental, il est une invariante de la condition humaine. Et puis s’en vouloir ne ferait qu’ajouter à l’expérience du vagabondage en générant des jugements, d'autres pensées et  émotions, plutôt que de faire simplement revenir l’attention au point d’ancrage.

 

S’exercer à focaliser l’attention sur un point d’ancrage durant la méditation permet de muscler nos capacités de concentration lorsque nous sommes en dehors des périodes de médiation. En effet, on s’aperçoit plus facilement de ce qui nous distrait et nous sommes capables de revenir plus facilement et plus rapidement à ce que nous faisons, à nous reconcentrer, à décider.

L'attention ouverte

Au fur et à mesure que l’on entraine son attention à rester sur différents ancrages (et à y revenir chaque fois que nécessaire !) durant les méditations, on peut progressivement ouvrir le champ de l’attention à l’ensemble des stimuli de l’expérience présente, sans réagir et avec bienveillance : on devient conscient du corps, de la respiration, les sons, de ce qui nous entoure mais également de nos pensées, sans en suivre une en particulier, en les regardant aller et venir, avec curiosité.

 

Cet entrainement nous permet alors de développer notre compétence à être dans un bureau bruyant entouré de collègues qui bavardent, en pouvant choisir ce sur quoi porter notre attention, sur ce qui compte vraiment : soit la conversation des collègues sur un dossier dans lequel nous intervenons, soit la réalisation d’un travail qui nous été demandé pour demain matin tout en nous laissant la possibilité d’abandonner cette tâche si votre attention nous signale que la conversation qui a lieu pourrait finalement nous permettre d’avancer sur votre travail !

 

Mais attention : s'il est important de se réapproprier nos facultés d’attention et de concentration dans un monde rempli de distractions et de pièges attentionnels, il est tout aussi important, dans ce même contexte, de nous octroyer des moments de vagabondage mental !

 

Dans le dernier numéro (119) de la revue « Cerveau et Psycho », Yves-Alexandre Thalmann souhaite que l’on réhabilite le vagabondage mental, ces « moments où des associations se créent entre des concepts apparemment sans lien, où nous comprenons sous un jour nouveau des sujets que nous pensions maîtriser, où nous percevons dans un soudain eurêka des subtilités que nous avions négligées jusqu’alors. Ces moments d’inspiration où nous prenons des décisions cruciales pour notre vie, où nous nous rappelons une tâche importante à faire, où nous revisitons nos souvenirs pour leur donner un nouvel éclairage ».

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